Fiche de cours : Kyste dermoïde de l'ovaire - Tératome kystique mature
Mise à jour le 05/11/2026 à 12:21
Voir tous les cas RADEOS associés à cette fiche de cours
Définition
Tumeur germinale ovarienne bénigne, habituellement kystique, constituée de tissus matures issus des cellules germinales pluripotentes et composée d’au moins 2 des 3 lignées de cellules souches embryonnaires:
- Ectoderme: tissu nerveux, revêtement cutané et annexes pilo sébacées, dents
- Mésoderme: graisse, muscle, os, cartilage
- Endoderme: épithélium intestinal ou bronchique, tissu thyroïdien
Terrain: femme jeune
Bilatéral dans 10-15% des cas.
3 types de tératomes :
- Tératome mature kystique ou kyste dermoïde (90%)
- Kyste (sébacé ou séreux)
- Protubérance de Rokitansky
- Calcifications
- Cheveux, poils, graisse, dents
- Teratome immature (<1%)
- Tératomes mondodermiques (goitres(3%), carcinoides et carcinoïdes strumeux)
93% des tératomes matures contiennent de la graisse. La présence de graisse dans une tumeur ovarienne est considérée comme quasi pathognomonique d’un tératome
Dans les cas des tératomes kystiques sans contenu sébacé (séreux ou mucineux) : rechercher la graisse dans les parois du nodule de Rokitansky
La graisse est présente dans un tératome sous 2 formes:
-Le sébum, produit par les annexes pilo-sébacées (ectoderme), qui remplit la cavité du kyste (graisse liquide)
-Le tissu graisseux (mésoderme) visible dans les parois du kyste ou dans le nodule de Rokitansky (adipocytes), parfois associé à un tissu de granulation (granulome lipophagique)
Le nodule de Rokitansky représente la portion solide du tératome, composé d’un mélange de tissus matures issus des 3 feuillets embryonnaires
-Les os et dents, lorsqu’ils sont présents, sont situés dans le nodule de Rokitansky
-Les poils sont également issus de ce nodule
Clinique
Asymptomatique dans la pluspart des cas.
Parfois, douleurs pelviennes.
Découverte sur des complications notamment une torsion du kyste.
Quelques cas rapportés de ruptures avec péritonite
Biologie
Aucun marqueur sérique spécifique.
Le CA 19-9 peut être élevé dans un tératome mature bénin. Une élévation isolée ne permet pas de conclure à une transformation maligne.
Radiographie
Découverte fortuite de calcifications dentiformes ou de structures osseuses au sein d’une masse pelvienne, parfois associées à une clarté graisseuse.
Echographie
Eexamen de première intention.
Le dermoïde typique est kystique, comporte une à trois logettes et ne présente pas de vascularisation interne. Un flux pariétal ou septal reste possible.
Rechercher au moins un des signes suivants :
- Composante hyperéchogène avec atténuation postérieure, focale dans un nodule de Rokitansky ou diffuse. Signe de la pointe de l’iceberg = Le mélange de sébum et de cheveux masque la partie profonde de la lésion.
- Fins traits et points hyperéchogènes correspondant aux cheveux vus longitudinalement ou en coupe (dermoid mesh).
- Sphérules échogènes flottantes, parfois mobiles au changement de position.
Une portion tissulaire vascularisée est atypique.
En contexte douloureux, rechercher un pédicule tordu, un ovaire augmenté de volume et un œdème stromal. Un flux Doppler ovarien conservé n’exclut pas la torsion.
TDM
Masse ovarienne bien limitée contenant de la graisse macroscopique de densité négative, parfois surnageante avec un niveau graisse-liquide.
Le nodule de Rokitansky peut contenir de la graisse, de l’os ou une dent.
Si le contenu kystique est liquidien, rechercher un petit foyer graisseux mural.
Complications à rechercher en TDM
- Rupture : globules graisseux intrapéritonéaux, parfois sous-diaphragmatiques, associés à un épanchement ou à une infiltration péritonéale.
- Transformation maligne le plus souvent en carcinome épidermoïde (1-2 % des cas, surtout après la ménopause) : portion tissulaire volumineuse, irrégulière et rehaussée, surtout si elle franchit la paroi ou envahit un organe adjacent.
- Torsion ovarienne
IRM
Identifier la graisse. Comparer les séquences T1 sans puis avec saturation sélective de la graisse, ou utiliser une acquisition Dixon. La chute de l’hypersignal T1 confirme sa nature graisseuse. Dans les formes pauvres en graisse, examiner la paroi et le nodule de Rokitansky. Une chute de signal en opposition de phase peut révéler un mélange de graisse et d’eau au sein d’un même voxel.
Analyser le nodule mural. Un petit nodule de Rokitansky typique, parfois discrètement rehaussé, reste compatible avec la bénignité. Une composante tissulaire rehaussée volumineuse ou irrégulière impose de rechercher une extension extracapsulaire. Les soustractions sont utiles quand le contenu est spontanément hyperintense en T1.
Interpréter la diffusion avec le rehaussement. La kératine peut restreindre la diffusion dans un tératome bénin. Une restriction isolée du contenu kystique ne suffit pas à caractériser un contingent malin.
Interventionnel vasculaire
Éviter la ponction-aspiration d’un dermoïde typique en raison du risque de dissémination intrapéritonéale de sébum et de péritonite chimique.
Classification
O-RADS US v2022 :
- Dermoïde typique < 10 cm : O-RADS US 2 (risque de malignité < 1 %).
- ≥ 10 cm : O-RADS US 3 si la morphologie reste typique.
- En présence d’un caractère atypique, reclasser selon la morphologie et la vascularisation. Une composante hyperéchogène avasculaire avec ombre acoustique est un signe classique du dermoïde.
O-RADS MRI 2024 :
- Lésion graisseuse typique, y compris avec un petit nodule de Rokitansky discrètement rehaussé, quelle que soit la taille = O-RADS MRI 2.
- Lésion graisseuse contenant un volume important de tissu rehaussé = O-RADS MRI 4.
- Implants péritonéaux tumoraux = O-RADS MRI 5.
Différentiels
Endométriome : Hypersignal T1 persistant après saturation de la graisse, souvent associé à une diminution du signal T2 (shading).
Kyste hémorragique fonctionnel : Réseau fibrineux ou caillot rétractile avasculaire. L’hypersignal T1 hématique persiste après saturation de la graisse. La régression au contrôle conforte le diagnostic.
Teratome immature : Chez l’adolescente ou la femme jeune, volumineuse masse à prédominance solide, hétérogène et vascularisée, avec petits foyers graisseux et calcifications dispersées.
Transformation maligne d'un teratome mature : Surtout après la ménopause. Portion tissulaire irrégulière et rehaussée développée dans un dermoïde, particulièrement suspecte en cas de croissance ou de franchissement pariétal.
Références
- RSNA. Outwater EK, Siegelman ES, Hunt JL. Ovarian Teratomas: Tumor Types and Imaging Characteristics. RadioGraphics, 2001. Voir également Adnexal Torsion: Review of Radiologic Appearances. RadioGraphics, 2021. RadioGraphics
- ESR et ESUR. Mature cystic teratoma of the ovary: a cutting edge overview on imaging features. Insights into Imaging, 2017. ESUR female pelvis group approach to cystic female pelvic lesions. Insights into Imaging, 2026. Springer Nature Link
- American College of Radiology. O-RADS US v2022 — Assessment Categories and Classic Benign Lesions. O-RADS MRI — Assessment Categories and Governing Concepts, 2024.